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Le pavillon des hommes 大奥 (Ōoku) est une œuvre peu connue, ce qui est étonnant vu ses grands qualités. Mais peut-être que beaucoup ont fait comme moi : Ils ont vu le titre, se sont dit « Hola ça sent le gros trip fujoshi avec partouze en kimono ça », auront feuilleté et seront comme par hasard tombé sur la scène de viol (qui n’en est pas une au final) et auront reposé le volume malgré le dessin joli et la couverture élégante. Quelle erreur ! Il aura fallu qu’un ami m’offre les 2 premiers volumes (pour s’en débarrasser, quelle honte) pour que je découvre une œuvre intelligente, surprenante, et terriblement bien construite et ancrée historiquement.

 

Le pavillon des hommes est un manga de Fumi Yoshinaga, auteur dont j’ai déjà lu « All my darling Daugthers » qui m’avait déjà bien plut pour son ton mature et ses jolis graphismes. Ce manga toujours en cours qui en est actuellement à 7 tome est surprenant à de nombreux points de vues, que je vais aborder dans l’ordre :

  • L’univers et le choix du thème pour commencer : L’histoire se passe dans une uchronie, un japon du 17eme siècle ou la majeure partie de la population masculine à été décimée, donnant lieu à un monde ou le rapport de force entre homme et femme s’est inversé. Les femmes dirigent le pays, et les hommes sont souvent prostitués dans leur jeunesse puis vendu. Cette situation est présentée dès les 1eres pages du manga : « Le système conjugal s’était écroulé, et il était bien sur devenu impossible à une femme pauvre d’avoir un mari. Les plus riches parcouraient le quartier de plaisir afin d’acheter un homme capable de leur donner un enfant. ». Un univers vraiment particulier qui ne se contente pas d’inverser le rapport de force mais crée une nouvelle structure sociale basée sur ce brusque changement et va trouver ses racines dans l’histoire du japon qu’il modifie à sa sauce. Ainsi, le japon ayant fermé ses portes l’aurait fait « officiellement pour se prémunir contre le christianisme, mais en vérité pour que le monde extérieur ne sache pas que le pays ne compte désormais plus que 20 % d’individus mâles »… Une réinterprétation de l’histoire que j’ai juste trouvée géniale. De surcroît, cet univers tiens un rôle assez important dans l’histoire même du manga visiblement, mais j’y reviendrait plus tard.Dans ce monde existe un étrange endroit, le pavillon des hommes : Un lieu réservé à la souveraine, une cage dorée ou 800 hommes (selon l’histoire) sont à disposition de la reine. Un univers extrêmement hiérarchisé ou chaque individu doit gravir les échelons pour pouvoir s’approcher de la reine, en s’aidant des autres… Ou en les piétinant. Une ambiance de cours luxueuse lourde de ragots et de complots.

    Cette inversion des rôles n’est pas la uniquement pour dénoncer les soucis de notre système social, ou plutôt, elle le fait de manière suffisamment subtile qu’il n’y a pas cette aura agressive qu’ont certaines critiques sociales. Le monde imaginé est cohérent, différent du notre, pas seulement « inversé », car ici, on joue aussi beaucoup sur le fait que les hommes sont aussi minoritaires en nombre : Ils sont donc plus rares, plus précieux, considérés comme plus fragiles, etc. D’ou le coté encore plus fastueux, vain et luxueux, du pavillon des hommes qui se permet de garder en cage tous ces jeunes hommes en en privant un pays qui en a tant besoin.

  • Toujours sur l’univers, je tiens à souligner la portée « informative » que véhicule ce manga, qui utilise énormément de termes très spécifiques au japon, notamment dans les tenues des personnages, mais aussi dans les noms des différents rangs, des jeux, des objets… Malgré le coté uchronique, on a droit à un véritable aperçu de ce qu’étais la vie d’une certaine tranche de la société à cette époque au japon. C’est diablement instructif et intéressant et j’avais envie de googler tous les termes inconnus. Mention spéciale pour les coiffures des personnages qui sont totalement d’époque, et c’est assez déstabilisant au début d’avoir des personnages au dessus du crane rasé, puis on s’y fait… Mention spéciale également pour les vêtements, ou l’on apprend des noms de figures et ou on a l’impression de toucher vaguement du doigt ce qui se trouve à la base de ce fameux esthétisme japonais qui nous échappe. Très présente également, cette sensation de pouvoir et de complot qui imprègne les planches et se fait de plus en plus présente au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire bien déterminée à nous faire comprendre les racines, les tenants et les aboutissements, de cette étrange situation.

 

  • La construction des histoires : J’adore le fait que les mangas soient longs à lire, mais parfois, cela pose problème : La rupture de rythme entre 2 volumes, l’attente, l’oubli de ce qu’il s’est passé précédemment… Tant de choses qui font que j’ai quasi systématiquement besoin de relire le volume précédent avant de lire un nouveau volume fraîchement acquis (sauf pour les séries humoristiques, et encore). Mais dans le pavillon des hommes, ce besoin ne se fait pas sentir (sauf peut-être pour le plaisir) car les histoires sur les 2 premiers volumes sont construites des manières relativement indépendantes, chacune ayant un aspect « one shot » très agréable qui permet de voir développement et conclusion de l’histoire d’un personnage en un volume, avant d’aborder un autre aspect de l’univers que l’auteur semble vouloir développer. On sent un univers dense et complexe derrière tout cela, bien construit, et il me tarde de lire au delà des 2 premiers volumes, les seuls dont je peux parler pour le moment :Le premier tome se déroule dans un pavillon qui est en place depuis déjà un bon moment. Ses origines sont floues et pour beaucoup il en a « toujours été ainsi ». Le pavillon n’est pas seulement un harem mais aussi une vitrine qui permet de conserver le secret lors des rares contacts avec les autres états. D’ailleurs, lors de ces rencontres, la shogun garde le visage caché derrière un panneau et ne parle pas, ne révélant rien de son sexe.

    Le 2eme tome lui, revient aux racines de l’histoire du pavillon, au moment ou le pouvoir est passé des mains des hommes aux mains des femmes, avec tout ce que cela entraine, expliquant certaines traditions qui ont la vie dure, comme celle de continuer à nommer les shogun avec des noms d’hommes.

  • Les personnages : Les personnages sont vivants, intéressants, attachant, hommes comme femmes. Je m’attarderais plus sur les femmes, car c’est justement plus rare pour moi de trouver des personnages féminins qui me plaisent autant ! Et pourtant dans le pavillon des hommes, les 2 protagonistes féminins que j’ai croisé pour le moment (car au final, sur ces 2 premiers volumes ont a bien la notion de « couple » un homme / une femme au centre de l’histoire, même si ces 2 personnages ne sont pas un « couple amoureux ») m’ont impressionnée, de manière égale aux personnages masculins.Dans le 1er volume, Yunoshin est vraiment un personnage génial : Issu d’une famille noble mais pauvre, il fait le choix de rejoindre le pavillon des hommes pour donner de l’argent à sa famille pour que sa sœur puisse faire un bon mariage, et ce après une jeunesse de « débauche » ou il offrait gratuitement sa semence aux filles pauvres et/ou moches qui n’auraient jamais put rêver un tel comportement. Et ensuite vient Yoshimune, la 8eme Shogun, qui est un personnage juste génial : Elle débarque dans l’univers coincé du pavillon comme un chien dans un jeu de quilles, rale contre la débauche de luxe qui est effectuée en cet endroit ainsi que dans son entourage proche, refuse de porter des tenues trop luxueuses pour porter toute son attention sur son pays, etc… Bref, un personnage juste géniale dont je suis tombée amoureuse. Avec ce duo de personnage, le volume tout entier oppose éducation « rustre » et terre à terre qui va directement à l’essentiel et se fiche du faste et de l’étiquette a l’univers trop ampoulé du pavillon des hommes, avec par la suite remise en cause des traditions que beaucoup de monde suis « parce que c’est comme ça » sans savoir au final pourquoi. Délicieux.

    Le 2eme volume propose un autre duo tout aussi adorable, mais je vais m’arrêter la et laisser la surprise.

 

 

Et donc au final, cette fameuse « portée  yaoi » que l’on imagine au titre ? Totalement absente. Certes, on a une scène de tentative de viol, un serviteur qui demande un baiser à son maître adulé, quelques mains qui se baladent… Mais rien de très présent au 1er plan, juste quelque chose qui fait partie du background et est somme toute logique dans le monde clo du pavillon des hommes. Le pavillon des hommes est un titre mature qui n’a que faire d’appâter le chaland avec ce genre de procédé (Mais oui j’avoue que je ne serais pas contre une amourette entre garçon au sein du pavillon (◡‿◡✿)

J’encourage chaudement la lecture de ce manga, qui apparemment est souvent considéré comme une lecture accessibles aux non habitués du manga pour son coté mature et historique (Je ne l’aurais pas dit moi même, mais j’ai souvent vu cette réflexion transparaître dans les articles de blogs que j’ai survolé sur le sujet). Pour ma part, je dirais que c’est une histoire vraiment prenante, un univers fascinant dont on veut savoir plus, des personnages matures et originaux, un très joli dessin… Que du bonheur quoi. On pourrait croire que j’en ait dit beaucoup dans ce post, mais je n’ai pourtant pas révélé grand chose. J’imagine que cette simple idée témoigne de la densité des propos du manga.

 

Note : Un film est également sortit en 2010 et relate l’histoire du premier volume (et il me fait de l’œil de la même manière que le film Sakuran me faisait de l’œil, tiens d’ailleurs je vous ait toujours pas parlé de ce super manga, mais justement je voulais voir le film avant d’en parler v__v ; Bon sinon je pourrais toujours faire un post sur les films live le jour ou j’aurais trouvé la motivation de les regarder ? ノ◕ヮ◕)*:・゚✧ )

10 Responses to “[Manga] Le pavillon des hommes”

  1. DarkAdonis dit :

    Superbe article découverte ! Ayant très très souvent des réflexions personnelles sur les égalités homme/femme dans différents milieux (j’ai un gros côté « féministe voyez-vous), j’ai été agréablement surpris de voir un manga qui traite ce sujet (en plus avec l’histoire japonaise) avec un minimum de cohérence ! :D

    Malheureusement, j’aurais plutôt voulu un Japon avec une égalité homme/femme mais où la femme est dominante dans les milieux administratifs et politiques (l’inverse de l’époque quoi), là ça fait comme si les femmes ont besoin d’être en grosse supériorité pour pouvoir gouverner xD Mais bon, on peut pas tout avoir :p

    Bref, ça va aller rapidement dans « Planned To Read » et je vais voir si je peux trouver ça à ma Fnac/Culture :3 (j’espère que c’est pas Sakka l’éditeur :( )

    • Plumy dit :

      « j’aurais plutôt voulu un Japon avec une égalité homme/femme mais où la femme est dominante dans les milieux administratifs et politiques (l’inverse de l’époque quoi), là ça fait comme si les femmes ont besoin d’être en grosse supériorité pour pouvoir gouverner xD Mais bon, on peut pas tout avoir :p »
      Oui je vois ce que tu veux dire, mais comme ça s’inscrit dans une uchronie, il fallait bien que ça parte de notre situation réelle et ensuite trouver un truc qui allait chambouler cet ordre. L’infériorité numérique permet alors aux femmes de rendre la société « matriarcale ».
      L’éditeur c’est big kana X3.

  2. Gemini dit :

    Je pense que ta critique aurait été différente si tu avais poussé ta lecture plus avant, avant d’en parler. Ne t’inquiète pas, je ne vais pas te gâcher le plaisir de la découverte, mais – par exemple – tu te réjouis de l’indépendance des 2 premiers tomes, qui n’oblige pas à relire le tome précédent pour saisir ; ce n’est plus vrai ensuite, d’autant plus que le rythme de parution lent fait que nous oublions vite ce qui se passe.

    J’aime beaucoup Le Pavillon des Hommes, mais ce manga dévoile ses rares défauts sur le long terme. Graphiquement, il n’est pas toujours aisé de différencier les protagonistes, autrement que par les vêtements ou les relations avec leur entourage ; pas de soucis au début, mais avec la progression de l’histoire vient l’accumulation de nouveaux personnages, et cela peut devenir compliqué pour s’y retrouver. Je pense que les lecteurs japonais doivent moins ressentir ce problème, car les noms utilisés sont ceux de figures historiques (d’où l’intérêt pour les femmes de prendre ici des noms d’homme), et nous pouvons imaginer que le public adulte auquel ce manga se destine connait au moins sommairement ces noms et les rôles qui leur sont associé ; pour le pauvre lecteur français, par contre, ce n’est pas aussi simple, et il devient beaucoup plus facile de s’y perdre…

    Ce manga a d’immenses qualités, mais cette densité de personnages associée à un rythme de publication chaotique et à un trait trop lisse le rendent parfois difficile à suivre correctement.

    • Plumy dit :

      Ah ça, forcement elle aurait été différente, mais je me connais : Si j’attendais d’en avoir lu plus pour en parler, et bien je ne le ferais pas =/ Donc je préfère donner des impressions au début en précisant bien que je n’ai lu que les 2 premiers volumes plutôt que d’attendre au risque de pas en parler (et de plus avoir en tête tous les trucs que je voulais raconter aussi). Mais j’avoue je me doutais que le coté « un tome = une histoire » allait finir par disparaitre, à mon grand regret d’ailleurs.

      « Graphiquement, il n’est pas toujours aisé de différencier les protagonistes, autrement que par les vêtements ou les relations avec leur entourage  »
      Oui, surtout avec le coté « réaliste » qui leur donne des coiffures assez similaires #__#;

      « Je pense que les lecteurs japonais doivent moins ressentir ce problème, car les noms utilisés sont ceux de figures historiques  »
      Carrément ! C’est le genre de manga que tu dois doublement plus apprécier avec le bagage culturel adéquat. Les noms évoqués me disent quelque chose mais pas plus que ça, mais du coup, ça me donne envie de faire des recherches et m’informer pour mieux comprendre ce que je lis X3.

      Le tome 7 vient tout juste de sortir, effectivement ça a l’air de bien prendre son temps, dommage =/ Mais peut-être qu’en les lisant moins espacé dans le temps je vais mieux comprendre ?

  3. Lweeling dit :

    Je crois que Gemini a bien résumé les rares défauts du titres, sinon c’est une lecture que je te recommande chaudement, les relations dépeintes sont très variées et intéressantes, tout comme les protagonistes en eux-même, avec des femmes fortes notamment (je trouve qu’on a une vague dans le manga qui tend à à affirmer la femme comme personnage fort désormais mais encore trop rare à mon goût. Je ne sais pas si c’est aussi ton avis, mais entre les héroïnes de shojo cruches et celles de shônen tout simplement là pour la déco, des fois c’est navrant).
    Donc bonne lecture à toi!

    • Plumy dit :

      Les héroïnes de shojo cruches, ça me fatigue aussi, mais à force on a des personnages plus fort ! Niveau shonen, le seul que je lis étant one pièce, j’aurais du mal à parler de fille la pour la déco vu que les filles de one piece sont toutes des personnages à part entière X3. Mais en tous cas oui, les personnages féminins du pavillon des hommes sont vraiment géniales. J’ai commandé le 3eme volume, j’ai hâte de le lire !

      • Lweeling dit :

        J’ai trouvé la suite vraiment sympa pour ma part, bien que mon personnage favori reste Yoshimune (soit Nobunaga si je ne me trompe pas, pour son nom masculin).
        Je me demandais si tu lisais Bride Stories, je pense que tu devrais beaucoup aimer si tel n’est pas (encore) le cas! =)

        • Plumy dit :

          Nope je ne lis pas, pas plus que Emma, pourtant ça fait partie des titres qui me font de l’œil ! Ils sont dans ma liste « un jour peut-être » vv;

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