Feed on
Posts
Comments

[Source]

Aujourd’hui, je viens vous parler d’un livre et d’un manga récemment lu ayant en commun de traiter plus ou moins directement des différences culturelles entre le japon et la france ou tout simplement de culture japonais : Tokyo Instantanés et A nous deux 2 paris.

Tokyo instantanés – Muriel Jolivet

J’ai déjà parlé de mon amour pour Muriel Jolivet à plusieurs reprises (Japon, la crise des modèles  , Homo Japonicus et Tokyo memories dans le post des lectures légères) et voici donc le dernier sortit, qui est une suite directe de Tokyo mémories vu que le concept est exactement le même : Un recueil d’anecdote, la plupart provenant des élèves de Muriel Jolivet, d’autres d’elles même, sur de nombreuses choses random sur le japon actuel. Terriblement intéressant et assez étrange, ce patchwork d’instantanés peint le portrait d’un japon profondément déséquilibré, en diminution terrible du nombre de naissance, un pays ou les hommes ne trouvent plus leur place, ou les femmes choisissent entre enfant et carrière, et ou les enfants se suicident face au malaise de vivre.

Un morceau de l’introduction du livre qui donne le ton :

Saviez-vous par exemple que toutes les japonaises ne rêvent pas forcément d’épouser un français, que travailler avec nous peut être perçu comme très stressant, que faire le tour du pays habillé en lapin rose peut être une manière de se refaire une santé morale, que les chiens peuvent névroser leurs maitre, qu’une seiche peut servir de pinceau de calligraphie et que son encre peut très bien remplacer l’encre de chine, qu’il y a ici un suicide tous les quart d’heure ?

Le coté « bordélique » de ce morceau d’introduction donne bien le ton sur ce livre qui, comme Tokyo memories, alterne anecdote complètement random ou légère, anecdote légère au 1er abord mais contenant de lourdes idées derrière, et anecdotes sérieuses. J’ai été un peu déçue au début du livre par la longueur des anecdotes qui sont beaucoup plus courtes que celles de tokyo memories, mais au final on s’y fait et c’est tout aussi passionnant. L’édition du livre est très soignée, il a un joli format, une couverture rigide, les pages ont souvent des motifs en fond etc… Bref, ce n’est pas du livre de poche.

Petite note à propos des traductions : J’accorde une grande importance à la manière dont sont traduits les termes japonais. Je trouve extrêmement désagréables, dans une lecture, d’avoir un terme étranger avec une astérisque m’indiquant « de voir le glossaire en fin de livre », livre ou manga, cela casse totalement le rythme de lecture, et j’estime qu’il est indispensable que la traduction d’un terme ou l’explication à son propos soit dans la page même ou il est écrit. Dans ce tome, c’est le cas, les termes expliqués ou commentés le sont d’ailleurs non pas en bas de pages mais dans des petites cases grises qui leur donnent de l’importance. Très agréable donc. Par contre, à de nombreuses reprise, on à droit à « voir Muriel Jolivet, un titre d’article dans un magazine, tel page ». Comme si on pouvait se procurer ces articles ! Si ils étaient édités dans une édition reliée je me jetterais dessus, mais souvent ça renvoi à des articles dispersés dans de nombreux magazines différents. En soit, renvoyer à la lecture d’un article ne me dérange pas, mais c’est quand l’explication du terme est remplacée par un renvoi à un article que je ne pourrais pas lire que je suis assez agacée, encore plus quand le renvoi est en abrégé, ne me permettant pas de deviner de quel magazine il peut bien s’agir. Exemple : « Voir op.cit. Pp243-255, ainsi que Très tendance : Le host club » version masculine de la geisha dans le numero 336 de Géo (Fev. 2007), pp.76-78) ». Autant pour le n° de Géo ok, autant le « op.cit » je ne vois pas trop de quoi il peut être question.

Un exemple de mot qui au final n’aura pas eut sa définition : Kamayatsu-onna, qui renvoit à une note disant « Il s’agit d’un mot inventé par Miura Atsushi, auteur d’un best seller sur la societé et la mobilité descendante (Karyû shakai) – pour plus de détails, voir mon livre, Japon, la crise des modèles, Piqcuier, 2010 pp 132-134″. Ok, mais dans tout ça le mot n’aura pas été traduit. J’ai tout ses livres mais ce n’est pas pour autant que j’aurais envie de sauter d’un livre à un autre pour avoir la traduction d’un terme.

J’ai finalement regardé à la page indiquée pour avoir une définition qu’il n’y avait pas, le passage sur les Kamayatsu-onna commençant en vérité page 130 (oui je chipote). On a la finalement une certaine définition qui explique la différence avec la Himono onna : La himono onna (poisson séchés) donne le change sur son lieu de travail, tandis que la kamayatsu onna ne fait jamais aucun effort et ne s’intéresse pas du tout à trouver un mari.

Il est question des Himmono-onna dans le manga Hotaru dont j’ai lu les 2 premiers volumes et n’ait pas accroché d’ailleurs, n’aimant pas la manière dont le sujet était traité.

Hum je râle beaucoup sur ce détail des notes de pages, mais c’est vraiment un truc qui m’a agacé, surtout que ces mots non traduits font taches dans un livre si bien réalisé. Il y a aussi eut à plusieurs reprise le « voir infra, p129 » dont je pensais qu’il faisait référence à un magazine, mais non, ça veut simplement dire « voir page 129 de ce livre ». La c’est moi qui manque de culture, mais merci internet de m’avoir expliqué ce que cela signifiait.

Extraits :

Entre le flirt et la retenue (Tsundere Onna)

Le terme tsundere onna renvoie aux deux aspects d’une femme. Au travail, elle est innattaquable et arbore un air pincé. C’est son aspect tsun qui domine, car elle est sur ses gardes (tsun tsun shite iru signifie garder ses distance, arborer un air pincé). Pourtant, elle change du tout au tout avec son petit ami, avec qui elle redevient une fille caline comme toutes les autres. Elle laisse alors libre cours à son aspet dere (dere dere shite iru signifie flirter). Beaucoup d’hommes se font une joie d’avoir l’exclusivité de cet aspect qu’ils sont seuls amenés à découvrir.

J’avoue m’y reconnaître un peu…

Yokouama Ayako.

Le terme tsundere étant beaucoup utilisé dans le milieu otaku, j’ai trouvée cette anecdote très intéressante car elle semble montrer que ce terme n’est pas foncièrement lié au milieu otaku mais issue de la vie populaire japonaise.

« Bon appétit » ne correspond pas du tout au sens de itadakimasu en japonais, car itadakimasu comporte l’idée de remercier les végétaux et les animaux qui ont été sacrifiés pour notre survie , alors que bon appétit encourage tout juste à prendre plaisir à manger la nourriture qui a été préparée.

Nakamichi Mako

Une petite mise au point très intéressante sur ce terme que j’ai toujours cru être l’équivalent parfait de notre « bon appétit » justement.

Megane mote, megane moe et o share megane

Ces derniers temps, on observe un megane boom parmi les jeunes. Les lunettes ne sont plus destinées à nous aider à y voir plus clair, mais à nous rendre populaire auprès de l’autre sexe (moteru). Certains jeunes, qui ont une excellente vue, portent des lunettes comme accessoire pour séduire. L’expression megane mote renvoie aux garçons qui sont attirés par les filles qui portent des lunettes. Autrefois, elles renvoyaient une image de polar, d’ou le succès des verre de contact, mais désormais les lunettes sont censées donner un air intelligent, sexy et kawaii.

Oui encore une « spéciale otaku » ou j’ai appris que ce fétichisme que j’imaginais cantonné au milieu otaku est visiblement plus répandu.

Une baisse générale de l’âge mentale

L’autre jour, dans le train, j’étais assise à coté d’un monsieur qui devait avoir entre 30 et 35 ans. Plongé dans un jeu vidéo DS, il ne s’est pas rendu compte qu’il avait pris le mauvais train. Il a grogné quand il s’en est aperçu, mais il ne pouvait s’en prendre qu’à lui même. Quand je regarde autour de moi, je suis surprise de voir le nombre d’adultes absorbés dans un jeu vidéo sur leur portable. Ca m’arrive aussi chez moi, mais c’est étrange de voir des personnes tellement accros, alors qu’elles auraient l’âge d’être mes parents. D’autres sont à fond dans leur manga.

L’âge mental semble avoir beaucoup baissé.

Watanabe Chihiro (ce nom revient souvent, celle jeune fille à beaucoup participé au livre)

Oui, on trouve aussi de ce genre d’anecdote qui donne envie de hurler, ah ah. Mais c’est intéressant justement de voir des commentaires de japonais qui ne pensent pas du tout comme nous. Moi qui croyait qu’il était considéré comme normal de s’occuper de ce genre de manière dans les transports, ce n’est visiblement pas le cas de tout le monde.

Le travail de Muriel Jolivet à été qualifié de « micro sociologique », et c’est bien ça. Il ne reflète pas forcement une vérité sociologique à la taille du japon puisque les propos sont les siens ou ceux de ses élèves, mais ils ont pourtant le même aspect qu’une étude sociologique.

Bon et comme d’habitude, j’ai envie de recopier tout le livre, donc je vais m’arrêter malgré mon envie de continuer à recopier des anecdotes. Je n’ai rien à dire de nouveau : Le boulot de Muriel Jolivet est génial, achetez ses bouquins.

 

A nous deux, paris ! – J.P Nishi

Une autre manière d’aborder les différences culturelles entre le japon et la france, cette fois ci en suivant les anecdotes en manga d’un dessinateur de manga venu vivre en france quelques temps. Les anecdotes sont légères et quotidiennes, sur le modèle d’un blog bd, et se suivent très bien. L’humour est simple mais efficace, et quand on est parisien – ou ayant vécu à paris – il est très amusant de reconnaître précisément les lieux évoqués, ou de se reconnaître dans certaines anecdotes typiquement parisiennes. Il est vraiment amusant d’être vu d’un œil extérieur. Ce japonais est surpris par certaines de nos mimiques, par notre manière de faire la bise et de marquer « bisous » en fin de texto (il y a tout un gros passage sur « comment faire la bise », c’est vraiment drôle), certaines habitudes gestuelles des français comme tenir la porte, la manière dont on « sort ensemble » sans passer par la case « déclaration » qui le perturbe énormement, etc. On constate qu’il est confronté aux mêmes soucis que nous, par exemple il a du mal au début à faire la différence entre les européens (pour moi les asiatiques ont toujours tous la même tête) .On a aussi droit à ses histoires plus personnelles, ses déboires amoureux, mais le tout narré de manière légère et distante, on ne se sent pas gêné d’assister à ça parce qu’on suit un vrai personne de manga plutôt qu’une personne. C’est assez amusant aussi de constater que beaucoup de choses qui nous passionne, nous les français fascinés par le japon, il ne les connaît pas ou s’en fiche (Il n’est jamais allé en convention avant d’aller à une convention française, n’avait jamais fait d’onigiri avant d’en faire pour aune amie en france, ne connaît pas les règles du go, etc ).

Le dessin des personnages n’est pas très élégant mais sert parfaitement la cause comique du manga. Les décors sont par contre très soignés. C’est un ouvrage de 190 pages grand format que je recommande donc chaudement pour son humour et son coté « regard extérieur » très intéressant qui nous en apprend autant sur nous même que sur le japon.


Mais bon on le sait, le japon c’est le pays ou les salaryman dansent.

 

Voila voilà, 2 ouvrages très sympathiques que je vous recommande chaudement ! Je profite de cet article pour parler de 2 choses que je voulais mentionner avant :

 

  • J’ai eut la grande surprise et l’honneur de gagner le prix du meilleur article au concours Sama de cette année. Bien que je n’ai pas put assister à la cérémonie de remise des prix – à mon grand regret – je suis vraiment contente de ce prix. C’est mon article sur New york new york, le yaoi et le manga gays qui à eut cet honneur. Merci beaucoup au jury donc.
  • On pourrait croire que suite à ce prix je vais déclarer que je vais me mettre à fond dans le blog, mais non c’est le contraire en fait, et ça n’a rien à voir avec le prix. C’est tout simplement que je me replonge à fond dans mes activités de dessinatrice, et qui dit dessin dit moins de temps pour écrire des articles, voilà tout. Mais je vais m’efforcer de commenter quand même mes lectures (comme je l’ai fait pour cet article par exemple). Les articles seront peut-être plus courts, on verra bien !

15 Responses to “Visions du japon et de la france”

  1. YllwNgg dit :

    Le dessin de Nishi est volontairement grotesque. Ce type maîtrise une technique beaucoup plus conventionnelle. Cependant, lorsqu’il a été décidé avec son éditeur de faire un manga comique, le choix sur ce trait « cartoon » a été fait, pour accentuer les situations comiques.

  2. Audrey Azura dit :

    Personnellement, j’aime bien les notes. Comme tu le fais remarquer avec Ittadakimasu, c’est impossible de bien rendre les nuances à la traduction pour des langues et des cultures très éloignées, comme le sont celles françaises et japonaises. Une note permettra de bien me rendre ladite nuance qu’une traduction bancale. Après, je n’ai pas vu les encarts des mangas dont tu parles, et ils sont peut-être suffisant pour bien expliquer, mais j’ai du mal à râler contre les notes en fin de livre, parce que, quand c’est utilisé, c’est qu’on ne pouvait pas vraiment les mettre autre part (cf Sayonara Monsieur Désespoir, avec tellement de références que, si on les mettait en bas de page, il n’y aurait presque plus de place pour le manga :p).

    Sinon, pour op. cit., ce n’est pas l’abréviation d’un ouvrage. C’est une abréviation, pour opere citato , afin de signaler que la note de l’ouvrage est la même que la précédente. http://fr.wikipedia.org/wiki/Opus_citatum

    • Plumy dit :

      Ah ah ok, op.cit c’est comme le infra, faut savoir XD;
      J’adore les notes ! Mais ça me saoule de devoir aller les chercher en fin de bouquin ‘^’ Tu cite l’exemple de Sayonnara Zetsubo Sensei, ils me semblent qu’ils coupent la poire en 2 en mettant des notes dans les planches non ? Enfin la clair que c’est mega fournis, mais rien n’empêche de mettre une définition « simple » en bas de page et une plus complète en fin de livre.

  3. Gemini dit :

    Dans un genre similaire, tu as It’s Your World, de Junko Kawakami, une mangaka venue vivre en France suite à son mariage avec un Français. Ce manga raconte le quotidien d’une famille nippone venue s’installer à Paris suite à la mutation du père, et cela s’appuie grandement sur sa propre expérience.

  4. kyo dit :

    A l’époque ou j’étais au japon, j’avais lu pas mal de blog de « déracinés » avec des gens qui racontaient leur vie (généralement des occidentaux au japon, mais pas que). Même si les même themes revenaient souvent, ç’est vraiment une source d’amusement infinie !

    Ah, le truc des expressions qu’il faut choisir entre traduire quitte à perdre un peu de sens, et garder avec une note de bas de page, c’est une grande question. Perso, ça me gène pas d’aller à la fin du manga pour lire les notes. (généralement je lis une fois sans, puis plus tard une fois avec).
    Par contre je déteste comment c’est fait dans Zetsubou Sensei. Genre « page 120, note 2″… mais… mais il n’y a pas de numéro de page dans le manga, boudiou ! Comment on sait quelle page on est ? Je préfère à la manière Drifters, où c’est juste incrémental (quitte à arriver à la note numéro 50 à la fin…)

    PS-j’me-la-pète : itadakimasu, ça veut littéralement dire ‘je reçois » (de manière humble)

  5. Janelle dit :

    Does your site have a contact page? I’m having trouble locating it but, I’d
    like to shoot you an e-mail. I’ve got some creative ideas for your blog you might be interested in hearing. Either way, great blog and I look forward to seeing it improve over time.

  6. It’s very easy to find out any matter on web as compared to books, as I found this post at this website.

  7. Te dit :

    La suite de « Tokyo instantanes » sera illustre par Jean-Paul Nishi!

Leave a Reply