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Setona Mizushiro est une de mes mangaka préférées. Ses histoires sont toujours matures, complexes, adultes, subtiles, et très construites. Elle ne fait pas du manga « fleuve » et on sent bien qu’elle a l’histoire en intégralité dans sa tête avant de la concrétiser. De ce fait, la structure de ses histoires est toujours épatante. Plusieurs de ses mangas les plus récents ont été publiés en France, même si on peut pleurer l’absence de ses titres plus anciens que j’adorerais découvrir.

Je vais parler aujourd’hui de Black rose Alice, l’une des 2 séries qu’elle dessine en parallèle avec Heart Broken Chocolatier actuellement. De ce fait, le rythme de parution de ses séries est assez lent, mais c’est bien le seul défaut que l’on peut leur trouver. Comme elles sortent en parallèle on se pose facilement la question de savoir quelle série on préfère. Mon cœur balançait d’une série à l’autre, mais je viens de réaliser qu’au final, c’est Heart Broken Chocolatier que je préfère, car le fait que l’histoire se passe dans notre monde et à notre époque fait que les événements me touchent plus (et je suis également admirative d’une histoire aussi passionnante alors qu’elle ne contient pas une touche de fantastique). Mais bon, sur l’échelle du « a quel point j’aime un titre de Setona Mizushiro », ça commence au « j’aime beaucoup » pour finir au « J’adore trop ». Et Black rose Alice, j’aime vraiment beaucoup.

 

Le 1er tome commence à Vienne, en 1908, mais en vérité c’est à Tokyo, en 2008, que se passe cette histoire. Les 3 quarts du premier volume ne sont « que » l’introduction des événements qui vont suivre. Je ne vais pas trop en parler pour laisser le plaisir de la découverte à ceux qui se laisseront tenter par cette lecture, et simplement en résumer le début et la fin : Dimitri, jeune chanteur d’Opera, est la pour l’anniversaire d’Agnieska, jeune noble radieuse et charmante, qui est également la promise de Théodore, le frère de cœur de Dimitri. Dimitri n’est pas de naissance noble, mais il a été adopté par la famille de Dimitri. Il a de ce fait une éducation irréprochable, mais ses racines l’empêchent de ne serait-ce que de rêver à un jour épouser Agnieska, qu’il aime depuis son enfance. Il se contente d’être son ami et son frère.

 

Cette introduction va se finir alors que Dimitri, devenu Vampire et ayant pour Sire Lord Maximilien, va garder en vie grâce à un artefact le corps de la défunte Agnieska qui n’attendra plus qu’une âme pour « ressusciter », et va disparaître de Vienne, pour réapparaître 100 ans plus tard, à Tokyo…

Je parle de vampire, et il est nécessaire de clarifier la chose. Si Setona Mizushiro à repris le mythe du vampire, elle se l’est, comme le dit Josselin Moneyron dans le Postface de ce premier volume « Réappropriée en le débarrassant de tout son bagage folklorique occidental. Adieu la Transylvanie, la croix, l’ail, adieu même les longues canines. Les vampires de Mizushiro sont comme des chênes centenaires habités par la vermine, plus proches peut-être des esprits naturels shinto que des démons de la religion chrétienne ». Ils vivent longtemps, sucent le sang certes, mais pas directement, et… Encore une fois, je laisse la surprise car elle est de taille. Mais je déconseille très fortement cette série aux arachnophobes, car ils ne pourront pas supporter la lecture (Le 2eme défaut de cette série, sinon je la ferais lire à une amie proche).

L’histoire débute donc réellement autour du personnage de Azusa, jeune femme de 28 ans, professeur, qui entretient ou plutôt subit une relation assez trouble avec un jeune homme passionné dont elle est elle même éprise mais ne parvint pas à lui faire confiance, persuadée que ses ardeurs adolescentes disparaîtrons un jour sans prévenir, les faisant souffrir tous les 2 sans échappatoire. Alors qu’ils trouveront tous les 2 dans un taxi, leur véhicule se verra percuté par un camion. Si Azusa s’en sortira sans trop de mal, Koya lui, sera en train de mourir sur la table d’opération.

Dimitri va alors intervenir dans cette tragédie, usant de ses pouvoirs vampiriques. Il conclura un pacte avec Asuza : Il sauvera Koya, et en échange, Azusa devra lui donner sa vie. « Je ne vous propose ni la mort, ni une quelconque fin. J’utiliserais votre âme à des fins personnelles » « Cela ne changerait rien. Crois-tu que je laisserais tomber Koya, si les conditions étaient trop difficiles ?! Ma réponse ne changera pas !! Je ferais tout ce que tu voudras… Alors sauve Koya !! « 

Le pacte est scellé, et l’âme d’Asuza va intégrer le corps de la défunte Agnieska tandis que son précédent corps lui, mourra…

 

Lorsqu’elle se réveille, elle se trouve dans un étrange manoir, ou vivent 3 autres vampires avec Dimitri. Ils sont un nid, elle est la reine. Elle doit choisir le mâle le plus méritant parmi eux pour perpétuer leur espèce. Lorsque leur union sera consommée, ils mourront tous les 2, donnant naissance à une nouvelle génération. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un acte charnel, le mental compte énormément. La reine doit aimer de tous son cœur la race des vampires, et avoir mûrement choisi le mâle fécondateur, car leur race s’éteint lentement, et celui-ci devras transmettre les qualités les plus adéquates à la survie de leur espèces à ses descendants.

 

Le volume 1 se termine sur cette conclusion. A partir de la va se mettre en place un étrange quotidien dans ce simulacre de harem, ou chacun cherche à plaire à Azusa, renommée Alice car débutant finalement une nouvelle vie dédiée à la survie de l’espèce des vampires dans ce corps. Dimitri jouissant d’une immense fortune hérité de son mentor et entretenu grâce à son instinct vampirique en jouant au trader, ils n’ont pas à se soucier des choses matérielles, aussi peuvent ils vivre dans une petite bulle hors contingence matérielles. Si la jeune femme à, évidemment, quelques difficultés à soutenir la situation – notamment concernant ses regrets envers Koya – elle n’est pas la seule à souffrir.

 

Dimitri souffre de cet acte masochiste d’avoir fait « revivre » Agnieska, s’empêchant au début de la toucher et de trop s’approcher d’elle dans une sorte d’expiation. Malgré son allure sombre et assurée, c’est également un homme au cœur déchiré et empli de regrets, ainsi que quelqu’un qui perd facilement le contrôle de ses actes et de ses paroles dans les situations de tension. Ces faiblesses le rendent d’autant plus humain, attachant et attirant.

 

Vient ensuite Leo, sociable, agréable, très attentif aux autres, un comportement général qui lui donne une allure de parti idéal avec un petit quelque chose du majordome parfait. Il met de la gaieté dans le groupe, mais ce comportement toujours parfait cache bien évidemment une facette plus sombre. Mais pas sombre dans le genre « Je suis torturé au fond de mon coeur et je souris pour faire croire que je vais bien », non, une obscurité beaucoup plus subtile et complexe. Rien n’est jamais simple dans le monde de Setona Mizushiro.

 

Et pour finir, les 2 jumeaux, kaï et Keiji, deux jeunes gens adorables mais au final assez timide et effacés au début, surtout à cause de la présence de Leo. Mais par la suite, cette attitude va changer suite à certains événements que je ne peux énoncer. Leurs caractères vont s’étoffer et on va finir par ne plus les considérer comme une seule et même personne. Cependant, ce sont les personnages que j’aime le moins de l’histoire sans trop savoir expliquer pourquoi… Je trouve qu’ils manquent de charme. Mais c’est très subjectif.

Alice est dotée d’un sacré caractère, et c’est d’ailleurs pour cela que Dimitri l’a choisie. Il voulait une femme intelligente, lucide et réfléchie, mais également passionnée, et Alice ex Azusa réunie toutes ces qualités. Elle est également sensible, capable de reconnaître ses tords et de s’excuser après une parole malheureuse. Elle devient bien vite la petite princesse de ce royaume centré autour de sa personne, son allure juvénile rejaillissant sur son attitude, elle qui de son vivant était une femme stricte et peu fantaisiste, et qui au début de sa nouvelle vie était gênée par les jolis vêtements à froufrou qui lui sont proposés, finis par s’y faire et les adopter complètement, se montrant tour à tour innocemment joueuse avec les vampires avant de leur poser des questions cruciales, s’appliquant avec grand sérieux à sa tache : Définir quel est le meilleur mâle du nid, le plus apte à aider leur espèce à survivre.

 

L’ambiance de leur maisonnée (et du manga tout entier) est pour la moins étrange, on passe de scènes quotidiennes voir amusantes à des moments soudainement violent, intense et dérangeant. Un savant cocktail que l’auteur gère avec doigté,

La série compte actuellement 6 volumes, ce qui est à la fois peu et beaucoup, car chaque volume est dense et donne l’impression d’être plus long qu’il ne l’est réellement, pourtant le texte est loin d’être surchargé comme dans un Bakuman par exemple. L’auteur ne prend pourtant pas de raccourcis, utilise beaucoup de case de pause pour appuyer un instant, une émotion, et pourtant, chaque volume fait énormément évoluer la situation. C’est un trait de caractère commun à toutes les oeuvres de Setona Mizushiro et l’une de ses magie.

A la fin du 6eme tome, l’histoire donne l’impression de partir vers sa fin, mais la mention « fin de la 1ere partie » laisse suggérer l’arrivée d’une 2eme partie de même taille que la première, et on se demande bien ce qu’il va alors se passer… De nouveaux personnages peut-être ? Sur ces 6 volumes, l’auteur n’aura en effet introduis de personnage extérieur qu’une seule fois, et jamais d’intégration de nouveau personnage principal, ce qui est au final peu fréquent sur un si petit casting, mais fonctionne pourtant très bien.

 

En somme, je ne peux que chaudement recommander ce manga à tout le monde, garçon comme fille, car je trouve qu’avec Setona, même si on reste dans le domaine de « l’intrigue amoureuse » – je répugne un peu à utiliser ce terme pour définir un de ces mangas parce que ce n’est vraiment pas juste ça – on sort du carcan du shojo pour entrer dans un genre indéfini propre à Setona Mizushiro et qui est très difficile à classer. Ce n’est pas vraiment du josei, mais ce sont sans aucun doute des histoires adultes et sans fard. Du très bon.

 

 

Le blog de l’auteur : http://blog.setona.bitter.jp/

Bonus : En cherchant des images du manga, je suis tombée sur des photos de Setona Mizushiro en train de dessiner. Ce n’est pas sur ce manga la mais tant pis, ça reste génial à voir. Les photos proviennent de cette page.

 

 

 

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