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L’infirmerie après les cours est l’un des titres les plus « légers » de Setona Mizushiro. Elle déclare elle-même avoir voulu faire un manga qui se rapproche des poncifs du genre, qui se déroule quasi exclusivement dans un lycée. Sauf que dans son cas, malgré une certaine saveur de romance lycéenne, beaucoup de choses sont abordées, et le scenario est comme toujours bien ficelé, faisant durer certaines questions tout du long des 10 volumes qui composent cette histoire.


Le héros, Mashiro, est à la fois garçon et fille : La partie supérieure de son corps est celle d’un homme, et la partie inférieure celle d’une femme. Néanmoins, il s’est toujours considéré comme étant un homme et porte par ailleurs l’uniforme masculin. Cependant, alors qu’il a ses 1eres règles, ses doutes quand à son identité lui reviennent. C’est alors qu’une infirmière l’invite à participer aux cours spéciaux du jeudi soir, des cours qui sont en vérité l’examen final qui permet de sortir de l’école.

Lors de ces cours, les élèves s’endorment sur des lits à baldaquin qui leur empêche de voir le visage des autres élèves, et font un rêve commun durant lequel leur apparence intérieure est affichée.  Kureha par exemple revêt les vêtements qu’elle portait lorsqu’elle a été violée étant enfant, son problème à résoudre avec elle-même étant ses émotions vis-à-vis de ce traumatisme et son dégout des hommes. Mashiro quand à lui garde son apparence qu’il a dans la réalité, sauf que selon son état d’esprit du moment, il est parfois habillé en garçon, et d’autres fois en fille. Son problème quand a lui est d’assumer sa dualité et d’apprendre qui il est vraiment. D’autres élèves participent, certains récurrents présents du début à la fin de l’histoire, d’autres qui ne feront que passer pour quelques épisodes.

Dans le monde des rêves, les élèves doivent se battre entre eux pour obtenir la clée, qui permet d’ouvrir une porte qui mène vers « après ». Obtenir la clé c’est réussir l’examen. Chaque élève a autour du coup un collier composé de 3 grosses perles qui symbolisent la force mentale. Lorsqu’un élève est blessé physiquement et surtout émotionnellement, une perle se fend voir ce brise. Lorsque les 3 perles sont brisées, on « meurt » et on se réveille dans le monde réel.

L’histoire tourne principalement autour de 3 personnages : Mashiro, le heros, Kureha, jeune fille terrorisée par les hommes mais que la nature de Mashiro réconforte, et So, jeune homme assez peu loquace mais qui se déclare amoureux de Mashiro car « il trouve qu’elle est une jolie fille ». Chacun à leur façon, Kureha et So tirent Mashiro vers un bord ou l’autre, chacun représentant les 2 mondes auquel il aspire et parmi lesquels il n’arrive pas à se décider. Au début de l’histoire, Mashiro va sortir avec Kureha, mais bien vite ses doutes vont le rattraper et évidemment, leur relation va en patir. Dans le monde des rêves, So semble être cet élève en armure qui attaque brutalement tout le monde sans distinction, et Mashiro est obsédé par cette question : So est il réellement « l’armure » ou pas ? Cette question va durer tout le long du manga, et on aura tour à tour la conviction que So est tel ou tel personnage, sans jamais trouver la vérité : Setona sait nous mener en bateau sur ce genre de petit jeu.
Le triangle amoureux qui se crée alors est délicieusement ambigüe, puisqu’on peut y voir ce qu’on veut : S’agit’il de Yuri, de yaoi ? Ce que vous voulez. C’est à la fois déstabilisant et assez génial. Tous les personnages de cette histoire grandissent et évoluent, apprenant chacun à affronter leurs propres peur, et tout simplement, à grandir. Et il est très émouvant de voir ces jeunes gens réussir à trouver en eux la force d’avancer vers la suite, en apprenant à faire avec le passé.

Le concept même de personnage mi garçon mi fille est assez surprenant. Setona souhaiterait elle traiter de la transexualité ? Plus la lecture avance, plus on comprend que la question est plus nuancée que ça. Mashiro, adolescent, n’arrive pas à construire son identité, coincé qu’il est entre 2 sexes et 2 mondes. On peut d’ailleurs être surpris qu’il ait décidé de se revendiquer « garçon » alors que son sexe est celui d’une femme. Mais un personnage de type shemale disposant de poitrine et d’organe génitaux masculin aurait été certainement encore plus dérangeant, aussi passe t’on sur ce détail, comme sur beaucoup de choses en vérité dans ce manga très ésotérique à tous points de vu. Beaucoup de choses sont passées sous silence, comme l’enfance de Mashiro pour ne citer que cela, mais l’ambiance s’y prête. L’univers et à 90% celui du lycée, et si l’on voit quelques fois les élèves évoluer en dehors de cet univers pour rentrer chez leur parents, c’est très rare. Dans le cadre de la construction de l’identité, c’est le lycée qui se pose comme cadre principal.

Les problèmes existentiels de Mashiro se posent surtout en matière de relation amoureuse. S’il est un garçon, il doit sortir avec une fille, et s’il est une fille, avec nu garçon. Bien évidemment le concept d’homosexualité est soulevé, et ce à plusieurs reprises, lorsque les arguments de Mashiro pour justifier sa relation avec Kureha sont « Parce que je suis un garçon », So lui fait remarquer qu’il aurait été plus logique de répondre « parce que je l’aime ». De manière assez amusante, l’idée même d’être homosexuel semble plus gêner Mashiro que le fait que son corps soit double. Mais en y réfléchissant, c’est logique : L’homosexualité en elle-même soulève son lot d’interrogations personnelles existentielles, alors comment penser à cet option quand il ne sait pas lui-même ce qu’il est ? La question de son sexe et donc de son identité est ce qui hante Mashiro avant toute chose.

Il s’établit au final un parallèle entre la recherche d’identité de Mashiro et les doutes qu’un adolescent peut avoir sur sa sexualité et sur « ce qu’il est réellement ». L’infirmerie après les cours brasse d’ailleurs bon nombre de questionnements identitaires au travers des différents élèves qui participent au cours, et soulève également bon nombre de questionnements : C’est quoi au final « être une fille » et « être un garçon » ? Comment se relever après un traumatisme ? Comment trouver sa place parmi les autres ? Toutes ces questions priment sur la raison d’être de cet étrange lycée ou les élèves disparaissent physiquement mais aussi de la mémoire des élèves, auxquels ils ne restent qu’un vague sentiment étrange lorsqu’ils avisent une place vide en classe qui leur semblait il était occupée, mais sans pouvoir se rappeler par qui…

Cette règle de la disparition teinte d’ailleurs le manga d’un aura mélancolique qui perdure ainsi que la question de savoir ce qu’est vraiment cette école. On l’apprend à la fin du manga, dans une conclusion surprenante et inattendue. Lors de la publication de ce manga, je discutais avec d’autres fans et les théories allaient bon train sur la véritable identité de l’école, l’identité de So, ce vers quoi selon nous Mashiro devrait tendre, etc. On s’amusait même à imaginer à quoi on ressemblerait si nous aussi on allait dans le monde des rêves ! Un manga qui amène à la discussion et à la spéculation est pour moi un bon manga.

Personnages attachants, univers lycéen auréolé d’ésotérisme parfois très sombre – les scènes dans le monde des rêves ne sont pas toujours tendre -  et beaucoup de questions, de réponses et de réflexions, L’infirmerie après les cours est une œuvre aboutie et passionnante que je recommande à tous, peut importe l’âge ou le sexe.

Je remercie d’ailleurs Asuka pour l’édition de ce manga qui à comporté au volume 8 une édition collector contenant en bonus une réplique soignée de la clé que les participants se disputent dans le manga. Un goodie vraiment très chouette à posséder (et qui passe très bien en bijoux fantaisie ;b). Merci donc !

2 Responses to “[Manga] L’infirmerie après les cours – Setona Muzichiro”

  1. maieuuuh, tu m’as donné envie de me les relire !^^

    C’est clair que même si la fin n’est pas appréciée par tout le monde, le manga dans son entier est intéressant et très travaillé. Et comme tu dis, rien que pour tous les questionnements qu’ils nous met en tête, c’est un bon manga^^

  2. Dijun dit :

    J’avais commencé à lire le manga et j’adorais l’histoire, les personnages, les questions que ça soulevait, tout ça accompagné d’un si joli dessin…Et je n’ai jamais lu la fin, je ne sais même pas pourquoi.
    ta critique en tous cas me redonne l’envie de me pencher dessus et de me bouger un peu que je sache enfin ce qu’il en retourne de cette fameuse école.

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