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Le voyage de Chihiro est un de ces films qui a une place très particulière dans mon cœur. Ce film à énormément influencé mon attachement pour les yokai aujourd’hui, et a indirectement influencé mes premières histoires (ma Bd V.H.S prend sa source dans ce film). Je le possédais en VHS lorsque j’étais ado, mais une fois partie de chez mes parents, le film n’était plus en ma possession. Je me suis dit que je le rachèterais en DVD un jour ou l’autre, mais cela m’a pris bien 6 ans pour passer à l’acte. Et la, j’ai revu ce film avec un regard très différent de lorsque j’étais ado, et je n’ai pas put m’empêcher de voir dans chaque étape de l’insertion de Chihiro dans les bains de Yubaba comme le schéma simplifié de l’intégration de tout nouveau travailleur dans une entreprise, notamment pour son 1er travail.

Je vais donc juste parler de mes interprétations à ce sujet ici, et non pas du film dans son intégralité.

1ere étape – Le contrat

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Lorsque Yubaba engage Chihiro à son service, elle lui fait signer de son nom, auquel elle enlève la moitié des symboles, déclarant que « c’est un trop long nom pour une si petite fille »
et la réduit à un symbole, qui se prononce « Sen ». Haku va ensuite la mettre en garde de ne pas oublier son véritable nom. En effet, Chihiro avait déjà oublié son nom originel pour se designer par son nom des bains. « Ici tu t’appelle Sen, ton vrai nom doit resté caché dans ton cœur » lui explique Aku.

Cet oubli de son nom, de son moi originel, est le risque lorsque l’on travaille dans une entreprise. Bien vite, on se réduit à son emploi. Je suis technicien, je suis secrétaire, je suis… Hors, personne ne se résume uniquement à son travail. Un poste dans une entreprise est un costume, un nom d’emprunt lorsque l’on travaille, mais dans son coeur, on ne doit pas oublier qui l’on est, ce que l’on aime, pour ne pas se retrouver réduit à être uniquement un employé même en dehors de l’entreprise. C’est cette mise en garde que nous transmet alors Haku.

Les débuts : 

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Lorsque Chihiro commence à travailler, les gens sont loin d’être aimables avec elle. Ils la considèrent comme une intrus et l’acceptent à contre cœur. Tout le monde connait son travail par cœur et l’exécute avec efficacité, tandis que Chihiro est lente et à du mal. Mais quoi de plus normal en fait ? On est forcement hésitant quand on commence une nouvelle activité. Mais ça, les anciens ont l’air de l’avoir oublié et sont toujours très durs avec les nouveaux, et ne les aident pas à s’intégrer.  Chihiro fait de son mieux, mais se prend tout de même des réflexions genre « Tu pourrais peut-être faire un effort ».

Le bizutage : 

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« Lin et Sen, vous venez d’être promues au grand bain ». Sous cette apparence de promotion, un vrai foutage de gueule pour un boulot très difficile à effectuer. Chihiro n’est pas sure de
comprendre ce qui se passe, alors que pour Lin et les autres, c’est clair comme de l’eau de roche, et les remarques vont bon train. Cependant, liées dans l’adversité, l’animosité de Lin envers Chihiro diminue durant ce passage. Elle en vient à la considérer comme une collègue et l’envoi chercher un bain désinfectant pour leur travail, la mettant sans le vouloir dans une situation délicate puisque le gérant des cartes refuse de lui en donner, de peur qu’elle gaspille. Ou peut-être Lin profite elle d’avoir du pouvoir sur une plus jeune qu’elle pour se décharger des taches ennuyeuses et difficiles ? J’ai du mal à le déterminer réellement. Mais je la trouve plus aimable, et même si elle s’étonne que Chihiro ait ramenée une si bonne carte, elle le fait sans méchanceté, et lui propose ensuite d’essayer elle même de tirer l’eau. Elle s’étonne ensuite de sa maladresse, mais sans méchanceté encore une fois, comme si elle commençait à intégrer chihiro comme collègue mais ne pouvait pas le montrer ouvertement, par rapport aux autres.

La 1ere fois ou l’on doit gérer seul un gros problème : 

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Quand on commence un nouveau travail, on est encadré, on ne travaille pas seul. Parfois on gère des trucs seuls, mais des choses que l’on a déjà vu avec un ancien. Et puis arrive jour ou un gros problème arrive. Et on est obligé de gérer seul parce que les autres ne peuvent pas venir nous aider. On ne sait pas faire, mais on n’a pas le choix. C’est un moment difficile mais décisif. Souvent le moment ou l’on prend sur soi et ou l’on prend des initiatives.

Chihiro est obligé de gérer seul l’esprit putride. Elle agit par elle même, imitant ce qu’elle a vu faire, certes avec maladresse, mais c’est en faisant des erreurs que l’on apprend. Ce terrifiant passage ou elle est livré à elle même prend d’ailleurs une tournure intéressante : En prenant des initiatives, Chihiro révèle à Yubaba que l’esprit n’est pas un esprit putride. Les choses deviennent sérieuses, et Yubaba donne soudainement son aide totale à Chihiro et Lin qui est venue aider sa petite collègue, et tout le monde travaille de concert avec Chihiro, et celle ci se voit même congratulée en personne par Yubaba.

Bien sur dans la réalité ça ne finira pas toujours comme ça. Mais le jour ou l’on gère soit même une situation difficile, et que l’on s’en sort, les autres le voient bien, même s’ils ne viennent
pas féliciter directement. Et c’est à ce moment la que, soudainement, on est intégré dans l’entreprise. J’y vois aussi une analogie avec le passage à l’âge adulte. Comme le dit la maxime « Devenir adulte, ce n’est pas tuer ses parents, mais tuer l’enfant de ses parents ». Quand on est habitué à être aidé par l’entourage, on agit jamais réellement seul. Dans le cadre du travail, on se fait consciemment ou pas materné par les collègues qui forment alors une prolongation de l’état de famille qui aide et materne. Mais la vie privée, seul, ou l’on agit face à la vie, voila ce qui fait grandir. Tout comme cette 1ere fois face à quelque chose de difficile, d’inconnu, mais ou soudainement, on improvise, on se débrouille, on grandit.

Alors, le jour ou vous commencerez votre 1er travail, pensez à Chihiro. Comme elle, au début ce sera difficile. Les gens ne seront pas très gentils, mais la personne sèche
d’aujourd’hui sera peut-être l’ami de demain. Faites des efforts, persévérez, et n’ayez pas peur d’avancer. Il y aura des moments difficiles, mais à la fin, vous serez accepté dans
l’équipe.

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Bien entendu, ce film ne parles pas exclusivement de ce thème de l’intégration à un 1er boulot, il a y a surement beaucoup d’autres choses dedans, et je n’ai personnellement par réussir à « comprendre » ce qui se cachait derrière le sans visage. Mais cette interprétation était une chose que j’avais envie de partager.

——————————————————

Quelques notes bonus sur le Sans visage (Parce que du coup j’ai fait quelques recherches pour avoir des analyses) : Sur cette page très interessante se trouve une interprétation possible du sans visage :

 » Dans sa relation avec le si étrange ‘Sans-Visage’, Chihiro saura se détacher de l’envie matérialiste (La divinité lui offre de l’Or !). Cette divinité a clairement un gros problème de communication. Elle ne peut que murmurer des mots sans suite, et agit vis-à-vis de Chihiro comme un petit enfant qui veut qu’une grande personne s’occupe de lui. Chihiro répond ‘non’ au Dieu sans Nom, provoquant sa rage et son désespoir, mais ce nom la sauve de la gloutonnerie du monstre.

En fait, chacun de nous détient ce pouvoir immense de dire ‘Oui’ ou ‘Non’ à ce que la société tente de nous imposer. On dit ‘Oui’ et on fait partie du système, quitte à y perdre notre identité, à se faire dévorer. On dit ‘non’ et on peut choisir son chemin, mais cela suppose de tourner le dos aux conventions et d’accepter de risquer la solitude…

Dire ‘Non’ est possible, les règles du Monde des esprits le permettent, mais il faut être prêt à en assumer les conséquences. »

Et

« La nourriture est la parabole parfaite de l’échange, de la relation entre les êtres. [...] Il en va tout autrement pour le Sans-Visage, qui avale tout sans aucune émotion. J’y vois une allégorie sur notre société de consommation et sur les confusions qu’elle engendre. Ce dont nous avons le plus besoin, est-ce de nous gaver de biens matériels ? Miyazaki dit que le sans-visage représente le Japon contemporain, qui oublie son identité et ses valeurs en sombrant dans le consumérisme et le culte de l’argent. »

Cette autre page compile des réflexions sur le mystérieux sans visage. Je vous conseille en fait la lecture intégrale de ces pages de réflexions sur le voyage de Chihiro qui sont toutes très pertinentes et m’ont aidé à poser des mots sur certains ressentit que j’ai de ce film.

10 Responses to “Le voyage de Chihiro – Métaphore de l’intégration dans l’entreprise”

  1. Dijun dit :

    Adulte ou enfant, j’aime tellement ce film.

    J’avais lu une théorie comme quoi le film serait une métaphore aux maisons closes japonaises que seuls les adultes japonais pouvaient repérer de par les symboles. Je ne m’en rappelle plus mais ça
    avoir avec le nom de Chihiro et d’autres éléments. Il faudrait que je retrouve la théorie. En tous cas la tienne aussi est très bien et ce film est génial ne serait-ce que parce qu’on peut très
    bien décider de ce qu’on veut apprendre de cette fable.

    Bon, je suis biaisée, je pleure toujours à la fin de ce film, Haku restera mon prince Ghibli à jamais et j’adore, j’adore, j’adore

  2. QCTX dit :

    Citation de Miyazaki lors de l’exposition conjointe avec Moebius il y a quelques années : « Dans notre société de consommation, tout adulte héberge en son sein un sans-visage ».

    Le sans-visage dans l’entreprise, pour moi, c’est le manager sans nom qui te propose de rester tard et de te tuer au travail pour des heures supplémentaires en échange d’une prime inaccessible.
    « On » te propose de l’or, mais tu te fais « manger » si tu es tenté.
    Savoir dire « non » te permet de préserver ta vie personnelle en dehors du travail.

  3. Yami dit :

    C’était très intéresant, merci d’avoir partagé ton ressenti ! Le film est en effet tellement riche qu’il serait dur de l’analyser entièrement, il propose tellement de facettes…

  4. QCTX dit :

    >> Et toi qui est un sans visage, qu’est-ce que tu me propose alors ? 8D
    Oh, je te proposerai bien des choses, bien des choses ma petite…

  5. Mackie dit :

    « Cet oubli de son nom, de son moi originel, est le risque lorsque l’on travaille dans une entreprise. »

    c’est encore plus vrai lorsque l’on exerce, comme moi, un métier de relation client par téléphone. en l’absence de contact visuel, le client a l’impression d’une perte de repères, il ne sait pas
    qui je suis, où je suis, ce que je fais ni ce que je vais faire pour lui. c’est pourquoi je mets un point d’honneur à laisser mon nom (ce que je ne dois pas faire selon le règlement), surtout quand
    je sens le client hésitant en fin d’entretien. le client a techniquement une chance sur 100 de retomber sur moi la fois suivante, mais comme je trace chaque appel par un rapport, il peut s’appuyer
    sur un nom, ce qui le rassure.
    je dois dire aussi que cela me valorise, surtout – et cela arrive souvent – quand l’appel a débuté sur un mode conflictuel. je suis probablement le plus mauvais de la « plateforme » en nombre
    d’appels quotidiens traités – mais comme ça, mes clients sourient, et ne restent pas des « sans visage ».

  6. Kima dit :

    C’est très intéressant comme analyse. Ca me fait penser au livre « bleu presque transparent », que je n’ai pas lu mais dont mon prof de socio japonaise nous avait parler lorsqu’on avait aborder le
    thème de l’entreprise et de l’école, de la perte d’identité en tant qu’individu (clairement le sujet dans Chihiro justement !) et de l’affaire Sakakibara, où un collégien avait sauvagement
    assassiné un gamin de 10 ans et exposé sa tête sur la grille de l’entrée du collège, accompagné d’une lettre où il faisait part de sa crainte de devenir transparent. La lettre, publiée dans un
    journal, avait eut en réponse énormément de lettres d’élèves de collège et de lycée, disant qu’ils comprenaient ce que disait ce jeune garçon.
    Ca me fait penser à ça, quand Haku dit à Chihiro de se souvenir de son nom, pour ne pas perdre son identité dans la masse, et comme tu le dis, n’être qu’un « technicien », une « secrétaire » ou un
    « lycéen ».

    Merci pour cet article, ça me donne envie de revoir le film : 3

  7. Étrangement je n’avais gouté au monde du travail que après ce film mais j’ai de suite pensé à ce genre de choses.
    il m’a justement particulièrement touché à cause de ce point de vu rapide mais froidement réaliste du monde du travail

  8. Isatis dit :

    Jlai revu y’a pas longtemps :)

    Effectivement, j’avais pensé à ce genre de choses pour le sans-visage. Mais pour moi, il n’est pas lui-même habité par les envies matérielles qu’il provoque chez les autres. Il a désespérément
    envie de plaire et cherche comment ; la première chose qu’il donne à Chihiro, c’est les cartes de bains, puisqu’il peut voir qu’elle les demande. Puis il voit la grenouille fascinée par l’or,
    constate rapidement que ça fascine tout le monde… alors il en distribue à foison. Il n’est pas méchant, il est bourru, il croit pouvoir se faire aimer comme ça. Mais en ne donnant aux gens que du
    matériel, du consommable, lui aussi ne reçoit que du consommable et du superficiel : nourriture, mais aussi liens qu’il a avec les travailleurs des bains – il est admiré, on fait mine de l’aimer,
    mais on le craint et on ne s’intéresse pas à lui en tant qu’être. Un peu comme un parent qui n’a jamais offert que des choses matérielles à son enfant : la relation ne se développe pas vraiment et
    reste superficielle.
    Le monstre que devient le sans-visage n’est que le reflet d’une mentalité qui envahit les bains. C’est normal ; Yubaba vole le nom des travailleurs ! Donc leur identité, leurs fondements, ce qu’ils
    sont tout au fond. Ce qui reste n’est qu’agencement de couches de différents degrés de superficialité. Je pense à la scène ou le crapaud veut voler le triton grillé de Lyn et de l’importance que ça
    semble avoir pour lui… Yubaba contrôle les bains car, comme une entreprise ou un système sociétal, elle tente de voler les identités des gens. Tente seulement ; même si les règles obligent à
    utiliser son nouveau nom, il est possible de garder son vrai nom dans son coeur comme Chihiro a su le faire.
    Et bon, happy end quand même ; la soeur de Yubaba, dans sa simplicité, apprécie le sans-visage pour ce qu’il est au fond de lui : il n’aura plus aucune raison de manger quelqu’un et de devenir un
    monstre.

    Je disserte sans avoir lu aucun des liens, je vais aller voir un peu ce qu’ils en disent là-bas XD M’enfin voilà, le sans-visage, c’est un peu comme ça que je le sentais.

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