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[Bd] Elmer

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Je ne sais plus trop ou j’ai eut vent de cette bd. Dans un comic box surement. Restée dans un coin de ma wish list, je l’ai finalement commandée. Un soir, crevée, avec juste l’envie d’aller
dormir, j’ai jeté un œil « pour voir ». Je n’ai pas réussi à décrocher et je l’ai dévorée d’une traite en oubliant mon envie de dormir. Elmer à définitivement tenu ses promesses et fut
pour moi une belle claque narrative.

Ce n’est pas une bd pour vous convaincre d’arrêter de manger du poulet et devenir végétarien. Le sujet, ce n’est pas ça. Le sujet, c’est l’homme, sous toutes ses formes.

L’histoire parle d’un monde légèrement différent au notre. Un monde dans lequel, en 1979, les poulets sont soudainement tous devenus conscients et intelligents comme des humains. Ils se sont mis à parler. Nous sommes désormais en 2003. Jake Gallo vit dans un monde ou le « racisme ordinaire » envers les poulets existe toujours, mais ou beaucoup prônent une égalité parfaite entre poulets et humains. Des événements terribles ont eut lieux après 1979, mais c’est déjà vieux.

Le père de Jake meurt d’une crise cardiaque. Il se voit hériter du journal intime de son père, dans lequel tout est écrit. Parce qu’il ne faut pas oublier. Dans ce livre, il va en apprendre bien plus sur le passé qu’il n’aurait put imaginer.

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Racisme, génocide, peur de la différence, les thèmes abordés paraissent relativement transparent au vu du synopsis, mais pourtant, l’alchimie fonctionne terriblement bien, et on est happée dans cette histoire, choqué par ce que l’on lit qui éveille d’étranges échos en nous. Parce que si Jake est un poulet, son comportement ainsi que celui de son frère, sa sœur et sa mère, sont totalement ceux d’un humain. Ils a des problèmes d’humains : Des difficultés à trouver un job, son frère devenu comédien connu et légèrement snob, sa sœur qui veut épouser quelqu’un de différent, des discussions de surface classiques qui ne peuvent que nous renvoyer à nos propres discussions de famille.

Jake est un personnage au caractère entier, vite agressif, qui ne peut pardonner aux humains pour le passé, et qui demeure dans la confrontation latente, posant à lui seul une piste de réflexion dont on ne sait que penser. Comment devrait il agir ? Tout oublier et se lier aux humains pour aider aux relations de cette époque, ou continuer à se méfier parce que, 30 ans plus tôt, les humains les mangeaient ? Ou, autrement dit, comment un peuple se relève t’il d’un génocide ? Car c’est ce sujet particulièrement qui est traité dans cette histoire. Il ne fait pas référence à un génocide en particulier, malgré un parallélisme rapide entre les abattoirs et la Shoah, mais à tous les génocides perpétrés entre hommes sous prétextes qu’un peuple était supérieur à un autre.

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Elmer utilise la ficelle classique mais oh combien efficace de nous faire voir la situation d’un œil totalement extérieur grâce à une petite pirouette narrative. Comme les histoires cherchant à mettre en avant le sexisme des hommes s’amuse à inverser hommes et femmes dans des scénettes, dans cette bd, les hommes remplacés par des poulets nous placent en spectateur totalement extérieur, alors que pourtant, ça parle bien de nous. Et on le ressent, au fond de soit, sans savoir quoi penser. On ne peut que lire et osciller entre choc et fascination face à ces événements fictifs relatés avec tant de réalisme, qui résonnent avec ce que nous avons put voir en d’autres époques et occasions.

Le dessin est en noir et blanc et sied à merveille au ton de l’histoire. Les poulets sont dessinés de manière réaliste, peu ou pas stylisés, et pourtant, leurs expressions et leurs sentiments sont retranscris sans soucis. La narration est étonnement fluide, malgré les aller retours entre le passé et le présent, on ne se perd jamais, grâce aux textes parfaitement formulés qui sont un point d’ancrage entre les deux époques.

L’auteur, Gerry Alanguilan, est un encreur de comics philippin qui s’essaye à la bd à coté de ses travaux d’encrage. Des essais pareils, j’en redemande. Du très bon, le genre d’œuvre que je met dans les mains de n’importe qui, parce que c’est plus qu’une histoire de bande dessinée.

2 Responses to “[Bd] Elmer”

  1. Edward dit :

    à la base, le graphisme ne m’attire pas trop, mais vu comme tu en parles, faudra que je la lise chez toi^^

  2. Dijun dit :

    Quand j’ai vu que ça parlait d’un poulet, j’étais sceptique. Et puis ta review m’a vraiment donné très très envie de m’y mettre. Je trouve le procédé (que ce soit des poulets) drôlement ingénieux
    et j’aime assez bien le design.

    La liste de ce que je dois voir grandis à chaque article que tu postes. XD

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